Je m’ennuyais de ma Maîtresse et je le lui avais dit. En fait, non, je ne le lui avais pas dit. Mon corps et ses réactions le lui avaient montré. Ce n’est pas que je m’ennuyais de sa présence… enfin oui, c’était le cas, mais là n’était pas la question. Je m’ennuyais de son pouvoir, de sa force, de son autorité, de son talent de me maintenir à ses pieds, de la douleur qu’elle n’hésitait pas à me donner. Un matin tandis qu’elle s’habillait pour partir, elle m’avait souffleté avec ses gants de cuir. Deux claques brèves sur chaque joue. Et je m’étais mise à pleurer. Non pas parce que cela m’avait fait mal, mais parce que cela avait réveillé la douleur en moi, celle de n’y être pas soumise. Le soir, nous en avions parlé et elle m’avait fait descendre ma culotte pour m’administrer une fessée à main nue, de ses longues mains nues qui savent si bien claquer contre ma peau et la rougir jusqu’à ce qu’elle en brûle. J’étais repartie heureuse d’avoir retrouvé ma Maîtresse.

Nous ne nous sommes pas revues avant le samedi suivant. Il y avait une petite soirée organisée dans une autre ville, chez une amie, et tout le monde s’en promettait de belles dans cette atmosphère intime.

Au milieu de la soirée, ma Maîtresse m’a ordonné d’aller chercher les sacs contenant ses jouets. Par jouets, elle voulait bien sûr dire tous ces beaux objets de cuir, de bois et de métal destinés à frapper, cingler, fouetter, fesser, et tous ces autres conçus pour immobiliser ou pénétrer. Ensuite, elle m’a dit de choisir trois objets de sa collection que je souhaitais qu’elle utilise sur moi. Rusée Maîtresse : elle sait combien j’ai du mal à choisir, et encore plus à demander. Lorsqu’on me demande de choisir, je veux généralement tout à la fois. Et j’ai du mal à demander parce que, malgré les discussions que j’ai eues avec ma Maîtresse qui m’ont fait comprendre que demander n’est pas décider, j’ai toujours l’impression, quelque part en moi, que c’est déjà avoir trop de contrôle sur la suite des choses. J’ai compris que la scène avait débuté.

La scène a commencé tout à fait lorsque ma Maîtresse m’a dit de me déshabiller devant elle de manière sensuelle, au centre de la pièce, au milieu de toutes ces autres invitées qui soit étaient engagées dans une scène, soit observaient tranquillement. Heureusement, il y avait de la musique, et j’ai pu m’engager dans mon petit numéro de strip-tease comme dans une chorégraphie. Et puis elle était là devant moi, qui m’observait, assise bien carrée sur sa chaise, les jambes légèrement écartée, un sourire amusé sur les lèvres, et bientôt plus rien n’a existé qu’elle que j’étais là pour divertir. Je l’ai divertie en retirant, tout en me frottant contre elle, mon soutien-gorge à jolis petits clous de métal, mon serre-taille de cuir que j’ai délacé puis lentement glissé le long de mon corps, puis mon kilt noir lacé qui est allé choir avec le reste. Elle m’a dit de garder ma culotte et mes hautes bottes. Celles-ci me faisaient sentir paradoxalement plus nue, et je crois qu’elle le savait.

Elle m’a dit de me placer contre le mur et elle m’y a plaquée davantage. « Tu te rappelles la dernière fessée que tu as reçue? » m’a-t-elle demandé. « Eh bien auprès de ce qui t’attend ce soir, ce n’était qu’un réchauffement. » J’ai frémi de désir et un peu de cette peur qui chez moi s’apparente au plaisir.

Le premier instrument que j’avais choisi était un lourd martinet qu’en anglais on nomme flogger. De larges et nombreuses lanières de cuir le composent, et lorsqu’il vous tombedessus, il le fait avec un bruit mat qui résonne dans tout votre corps. Le flogger de ma Maîtresse, ce soir-là, est retombé souvent sur moi. Sur mon dos. Sur mes épaules. Sur mes fesses. Sur mes cuisses. Encore et encore. Il ne me faisait pas vraiment mal, mais il me pressait contre me mur et, à chaque coup, me faisait symboliquement retomber plus bas devant ma Maîtresse.

Je n’avais pas le droit de crier, seulement de gémir. Après tout, l’hôtesse de la soirée ne voulait pas alarmer ses voisins. Bientôt, je gémissais en continu, tous mes sens réveillés. Je n’osais pas me retourner, mais à un certain moment, j’ai eu l’impression que ma Maîtresse avait changé de martinet. Ou alors, elle me frappait plus fort ou autrement, parce que les lanières s’étaient mises à pincer ma peau un peu.

Je n’ai su que ma Maîtresse avait troqué son martinet pour un fouet que lorsque j’ai entendu le claquement à mon oreille. Pas sur ma peau au début, mais tout près, pour que je le perçoive, le goûte, l’anticipe, et aussi pour tester la distance. Le fouet a continué de claquer mais s’est approché de ma peau, et j’ai senti ses coups comme de petites brûlures couvrant ma peau, pas douloureuses au début, mais qui, dans leur accumulation, réveillent toute la surface de mon corps et me rendent folle. À petits élans habiles, ma maîtresse a parcouru de petits jets enflammés mon dos et mes fesses, refaisant parfois résonner son fouet, sans m’effleurer, tout près de mon oreille. Et je ne pouvais que rester là, contre le mur, mon épiderme sillonné de petits traits électriques. Et quand elle s’interrompait pour passer sa main sur mon corps, c’était mieux et pire tout à la fois, cela mettait tous mes sens en éveil et j’avais juste envie de l’accueillir en moi, oui, sous ma peau.

Je savais que le troisième instrument que j’avais choisi était une canne bien fine et bien solide. Aussi n’aurais-je pas dû sursauter lorsqu’elle m’a cinglé le dos. Pendant un bref moment, je me suis dit que j’avais, décidément, sélectionné trois instruments générant des sensations bien différentes, et puis je n’ai plus eu le loisir de me dire quoi que ce soit, entièrement habitée par les coups qui s’abattaient sur moi. Je ressentais chacun d’entre eux en double : lorsque la canne me frappait et, quelques secondes plus tard, lorsque la douleur se diffusait. Ma Maîtresse me touchait partout où cela lui était possible : le dos, les bras, les fesses, les cuisses. Je ne sais pas à quel moment j’ai oublié que je ne devais pas crier.

Ma Maîtresse m’a fait mettre à quatre pattes. J’ai brièvement pensé que la correction était terminée et qu’elle me demanderait d’embrasser ses bottes, ce que j’aurais fait avec gratitude, mais c’était pour avoir un accès différent à mes fesses. Ou peut-être pour éloigner mes cris du mur mitoyen, je ne sais trop. Ce que je sais, c’est qu’elle n’en avait pas fini avec moi. Les coups pleuvaient sur mes fesses tendues par la position. Moi, je faisais mon possible pour rester bien droite, pour accueillir les coups, mais c’était comme si mon corps voulait les fuir malgré moi. Alors chaque fois que mon corps faisait mine de s’éloigner, je me remettais en place bien sagement. Et puis j’ai senti mon corps descendre vers le sol et les coups n’ont pas cessé. J’étais en larmes, mais ma Maîtresse ne se laissait pas arrêter pour si peu. Je l’ai suppliée : « S’il vous-plaît, Maîtresse. » « S’il vous plaît quoi, ma chérie? » Et j’ai su que je ne voulais pas l’implorer d’arrêter, seulement qu’elle m’aide à avoir la force de prendre d’elle tout ce qu’elle voulait me donner. « S’il vous plaît, aidez-moi, Maîtresse. » Elle s’est assise sur moi pour me garder en place et a recommencé à m’assener des coups de canne, et même lorsque mon corps s’est tordu pour éviter les coups, elle a continué à me frapper.

Je suis restée sur le sol, pantelante, sanglotante. Elle s’est étendue sur moi de tout son long, de tout son poids. Je la désirais en moi. « La prochaine fois », a-t-elle dit, « je vais trouver un moyen de t’immobiliser pour que tu prennes plus de coups. » J’ai soupiré et je pense que j’ai souri. Je savais très bien que, malgré la douleur récente, malgré mes larmes, malgré mon combat contre les coups, je désirais qu’elle aille au-delà de mes résistances, et qu’elle y reste, aussi longtemps qu’elle le souhaitait.

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