J’ouvris la porte du placard et je sursautai. Accrochés aux cintres, se trouvaient cinq uniformes. Tous pareils. Tous aussi étonnants. Chacun composé d’un gilet à franges comme en portent les cow-boys et d’une minijupe de cuir. Aucun chemisier ni t-shirt en vue. Sur une tablette, il y avait un chapeau de cow-boy et, sur le plancher de la penderie, une paire de bottes de cow-boy à hauts talons. Évidemment, me dis-je, nous sommes dans un ranch, alors il n’est pas étonnant que l’on me demande de me vêtir en cow-girl.

Dans le tiroir de la commode, je trouvai des sous-vêtements blancs tout simples. J’entrepris de m’habiller et je constatai que ces vêtements – sauf les bottes et le chapeau – étaient tous une taille plus petite que ce que j’avais l’habitude de porter. Mes seins étaient comprimés par le soutien-gorge et en débordaient légèrement. La culotte moulait de près mes fesses et en laissait ressortir le bas. Le gilet fermait très bien, mais il épousait mes formes de façon indécente. Mais le pire, c’était la jupe. Moulante au possible, elle était plus courte encore que celle que je portais en arrivant, et je devais la tirer bas sur mes hanches si je voulais qu’elle cache adéquatement mes fesses. Lorsque, après avoir chaussé les bottes et le chapeau, je me regardai dans le miroir, je conclus que j’avais l’air de m’en aller faire le trottoir à Nashville.

On frappa à la porte et on l’ouvrit. C’était la directrice. Elle me regarda avec un air satisfait. « Très bien, je vois que tu es prête.

– Mais ça ne va pas! Ces vêtements sont beaucoup trop petits pour moi! »

Elle fit le tour de moi en me contemplant.

« Ah, oui? Moi je trouve ça très bien. »

Elle ajusta le chapeau sur ma tête et lissa ma jupe sur mes hanches. Je sentis un curieux frisson me parcourir lorsque ses mains descendirent sur moi et je souris pour cacher mon embarras. La directrice me jaugea d’un air satisfait. « Oui, très joli », fit-elle comme pour elle-même. Ce commentaire, inexplicablement, me remplit de joie, et je me sentis soudain très fière d’obtenir son approbation.

Nous ressortîmes dans la cour et nous dirigeâmes vers un grand bâtiment qui se révéla être l’écurie. Les stalles étaient occupées par une vingtaine de chevaux de race, dont certains hennirent en nous attendant approcher.

« N’aie pas peur, nos chevaux sont tous très doux. »

Je n’avais pas peur, mais je la laissai me prendre la main pour me faire caresser le poitrail d’un des chevaux. De savoir la directrice si près de moi me causait un étrange émoi. J’aimais la sentir serrer ma main et la promener sensuellement sur la robe du cheval. Mais comme si elle ne percevait rien de mon trouble, elle poursuivit. « Tous les animaux que tu trouveras sur le ranch le sont. Ce n’est pas sous ce rapport que notre clientèle vient chercher ses émotions fortes, si tu vois ce que je veux dire. » Je ne voyais pas exactement ce qu’elle voulait dire, mais je n’osai pas lui demander de m’expliquer. Les questions, il aurait fallu que je les pose avant de signer mon contrat. Maintenant, j’aurais l’air d’une idiote qui s’engage sans savoir dans quoi elle s’embarque. De toute manière, me disais-je, je finirai bien par me représenter la chose par moi-même.

Tout en tenant ma main et en la promenant sur le poil dru et doux de l’animal, la directrice continua. « Demain, nos premières clientes de la saison vont arriver. La plupart sont de riches déprimées qui viennent se reposer ici quelques semaines ou quelques mois. Les créatures du ranch sont leur thérapie, pour ainsi dire. Tout ce qu’elles ont à faire, ici, c’est s’occuper de celle qu’on leur attribue. » La directrice était très près, trop près de moi. Elle sentait le cuir et le parfum frais, et je percevais la chaleur de son corps contre le mien. Un courant d’excitation parcourut mon corps. Je m’efforçai de me ressaisir.

« Et moi, qu’est-ce que je viens faire là-dedans? m’enquis-je.

– Je m’excuse de dire les choses aussi crûment, mais toi, tu joues le rôle du bel objet. Théoriquement, tu es notre palefrenière. Mais dans les faits, tu n’as pas à nourrir les chevaux ni à les soigner. Cela, c’est Janine qui s’en occupe. Janine? Viens ici que je te présente notre nouvelle recrue. »

Jusque-là, je m’étais crue seule avec la directrice. Cependant, des pas lourds résonnèrent dans l’écurie et je vis s’approcher un individu vêtu d’une salopette et chaussé de grosses bottes. Ses cheveux noirs, très épais et coupés très courts, étaient hérissés sur sa tête. Ses oreilles, ses sourcils, son nez, ses lèvres étaient criblés d’anneaux de diverses tailles et textures, et son bras droit s’ornait d’un immense tatouage représentant un gros félin. Les traits de son visage taciturne étaient insondables.

« Sandrine, je te présente Janine. C’est elle qui s’occupe des chevaux sur le ranch. Elle les traite comme s’ils étaient ses petits bébés. Mais malheureusement, nous avons constaté à l’usage que ses manières sont trop… frustes… pour nos distinguées clientes. De plus, le service à la clientèle n’est pas exactement son truc. N’est-ce pas Janine? » La Janine en question hocha la tête sans piper mot. La directrice poursuivit : « Alors, c’est toi qui vas leur servir d’hôtesse.

– C’est tout?

– Oui, c’est tout. Mais tu vas voir, ce n’est pas tous les jours facile de répondre aux besoins de nos capricieuses pensionnaires! »

En disant cela, elle avait passé sa main sur mon bras comme pour me rassurer, mais ce nouveau toucher me fit frémir. Qu’est-ce que j’avais donc? Était-ce la nouveauté de toute cette situation, ou le frottement de la culotte trop petite sur mon sexe qui me rendait si excitable? Mystère.

La directrice s’écarta et la tension baissa d’un cran.

« Ah oui, j’oubliais, une autre chose : j’exige des employées qu’elles s’abstiennent d’avoir tout contact non justifié avec les clientes. À moins que leur travail ne le requière, ce qui n’est pas le cas pour toi. Tu vas voir, certaines auront tendance à établir une… relation un peu trop intime avec toi, mais je te demande de conserver une attitude la plus… neutre possible. Si tu vois ce que je veux dire. »

La directrice s’approcha de nouveau pour refermer mon gilet dont un bouton s’était défait, révélant mon soutien-gorge blanc. Il me sembla qu’elle s’attardait un peu trop longuement, qu’elle était sur le point au contraire de me déboutonner pour caresser mes seins, puis… Le bouton attaché, elle se dirigea vers la porte. « Les premières clientes arrivent à neuf heures demain matin. Tu dois être au poste pour les accueillir. Dans la chambre, tu trouveras de la documentation sur le ranch. Il est essentiel que tu connaisses tout cela sur le bout de tes doigts, au cas où elles te poseraient des questions sur notre histoire. D’ici à demain, sens-toi libre de te promener tout autour du manoir afin de te familiariser avec les lieux. Tu peux même demander à Janine de te seller un cheval si tu souhaites aller faire une promenade. »

La directrice frappa dans ses mains. « Bon, je vous laisse. Bonne exploration, Sandrine. Et toi, Janine, ne sois pas trop dure avec notre petite nouvelle. »

Dès que Juliette Deloncours se fut éloignée, je tentai une approche auprès de Janine. « Bon, eh bien, Janine, j’espère que nous deviendrons bonnes amies. » La réponse vint en anglais : « I doubt it. I can see what kind of girl you are. So if you don’t want any trouble with me, I suggest that you mind your own work and let me do mine. » Elle se dirigea vers la stalle suivante en me bousculant au passage. Je rassemblai tout mon courage et j’insistai avec une bonhomie forcée : « Janine, est-ce que tu veux que je t’aide? Je suis nouvelle ici, mais je peux apprendre vite. Je pourrais… » Elle se retourna vers moi avec l’air furieux de celle que j’aurais dérangée au milieu d’une mission importante. Elle me toisa du haut jusqu’en bas, s’attardant à l’ourlet de ma jupe qui cachait à peine ma culotte. « Listen. You heard what Ms. Deloncours just said? You’re the cute thang and I’m the real stuff. So you let me do my job and you just play cute for the patrons. You don’t interfere with my work and I won’t judge yours. Is that clear? Is that clear? » Elle retourna à son travail et n’ajouta rien. Moi, après une telle gifle, je ne tentai pas d’autre approche.

J’aurais aimé faire un peu d’équitation, mais je n’avais pas du tout envie de demander quoi que ce soit à Janine. Je quittai l’écurie et me promenai un peu autour du manoir. Je croisai quelques personnes qui me saluèrent poliment, mais sans engager la conversation. Puis je retournai à ma chambre afin de me préparer pour le lendemain.

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