Étudiante à l’université, je me cherchais un emploi d’été. J’en avais un peu marre de ce rituel annuel. Les jobs d’été, je les avais tous essayés! Il y avait eu l’incontournable contrat dans une colonie de vacances – ma patience s’était épuisée longtemps avant la fin de l’été –, le bref métier de serveuse – et j’avais vu l’été s’achever avec soulagement, car j’en avais assez de sentir des mains effleurer mes fesses chaque fois que je passais près du patron –, le travail de bureau – mais je m’étais fait congédier parce que j’avais refusé les avances de mon supérieur –, et même le boulot à l’étranger à cueillir des fruits et à planter des arbres. Cet été-ci, j’avais envie de quelque chose de différent. Quelque chose de sain, sans être trop exotique. Un emploi qui me permettrait de laisser se reposer mon petit cerveau et de faire travailler un peu mon corps, tout le contraire de ce que j’avais fait durant les huit derniers mois. Et un truc payant, qui m’aiderait à acquitter les droits de scolarité de l’année suivante et à m’offrir quelques virées durant les congés universitaires.

Je ratissais tout : les postes annoncés à l’université, le centre d’emploi local, le babillard de l’épicerie de mon quartier et, bien sûr, les petites annonces de tous les quotidiens de la ville. J’avais aussi mis tout mon entourage en alerte : la personne qui me trouverait un emploi susceptible de transfigurer mon été mériterait ma gratitude éternelle. Cependant, les jours s’écoulaient et je ne trouvais rien qui s’écartât de ce dont j’avais tâté jusque-là. Par ailleurs, plus le temps passait, plus le temps pressait : certaine que je réussirais à me mettre au vert pour l’été, j’avais en effet décidé de sous-louer mon appartement et le nouveau locataire emménageait au début du mois de juin.

Un beau matin, tandis que j’épluchais les petites annonces en sirotant un expresso dans mon bistrot préféré, mon amie Françoise, à qui j’avais donné rendez-vous, me mit en arrivant une offre d’emploi sous le nez. « Palefrenière recherchée, lus-je à haute voix. Aucune expérience requise. Expérience en relations publiques un atout. Salaire incluant gîte et pension. » Je levai les yeux vers mon amie : « C’est quoi ça?

– Bien quoi? C’est un emploi, non? Ça sort de l’ordinaire, comme tu le souhaitais. En plus, j’ai trouvé ça dans une revue de gouines, alors ça devrait t’inspirer confiance! Tu t’imagines passer ton été entourée de femmes qui attendent juste que tu les cueilles? »

Je souris devant le style franc et direct de mon amie. « Ah oui, j’oubliais. Nous les gouines draguons tout ce qui bouge, c’est bien connu, fis-je sur le même ton. J’aimerais juste que tu m’expliques comment je trouve moyen d’être encore célibataire! »

Je convins néanmoins avec elle que je tenterais ma chance. L’idée de passer l’été à la campagne ne me déplaisait pas, au fond. Ce serait comme en colonie. Moins les enfants. Quelque chose comme du travail de bureau au vert. Moins les mains des patrons. Et, espérons-le, plus un salaire décent. Plus tard ce jour-là, je composai le numéro indiqué sur la petite annonce. Je tombai sur une femme qui m’annonça que Mme Deloncours, la directrice du ranch ne voulait pas être dérangée. Cependant, poursuivit-elle, elle pouvait me donner un rendez-vous pour le lendemain. Est-ce que je pouvais envoyer une télécopie de mon curriculum vitæ dès à présent? Je raccrochai avec le sentiment que les choses prenaient enfin une tournure encourageante.

* * *

Le ranch était en fait une sorte d’ancien manoir, tout en pierre de taille, situé au cœur d’un domaine verdoyant. Une longue allée bordée d’arbres y menait. L’édifice imposant était entouré de petites constructions, certaines évoquant des bâtiments de ferme, mais d’autres ressemblant plutôt à de petites maisons. J’étais venue à bord d’un autocar qui, après deux heures d’ondulations dans la campagne, m’avait débarquée dans une gare routière délabrée. J’avais pour consigne de prendre un taxi jusqu’à la ferme et je n’avais pas eu à trop me battre pour en dénicher un puisque j’étais la seule passagère à descendre à cet arrêt et à me diriger vers l’unique véhicule qui patientait près de la station à l’enseigne rouillée.

Le taxi me débarqua devant une porte située un peu en retrait des deux lourds battants de bois qui devaient sans doute constituer l’entrée principale. Au-dessus de la petite porte était accrochée une enseigne de bois gravé du mot « Réception ». Je franchis le seuil tandis que le taxi s’éloignait. Une jeune femme m’accueillit avec un sourire. Elle dit simplement, comme s’il s’agissait d’une constatation et non d’une question : « Vous devez être Sandrine. » Elle m’indiqua une porte : « Vous allez voir un grand escalier. Montez un étage et suivez le couloir à votre droite. Tout au bout, quelqu’un vous recevra. »

La porte donnait sur le hall d’entrée. J’aperçus les deux lourdes portes, tout aussi imposantes vues de l’intérieur. Un escalier dominait la pièce. Je me mis à le gravir, le tapis qui le recouvrait assourdissant mes pas. À l’étage, je suivis le couloir tel que l’on me l’avait indiqué et parvins à une sorte d’antichambre où je fus reçue par une femme d’un certain âge, mais plutôt belle, qui me sourit d’un air énigmatique et se leva pour aller frapper à la dernière porte du couloir. Je n’entendis pas la réponse, mais elle tourna la poignée, et me fit signe d’entrer. « Voici votre candidate d’aujourd’hui », annonça-t-elle à la personne qui se trouvait à l’intérieur. Je fis quelques pas, et la porte se referma derrière moi.

Je me trouvais dans un vaste bureau. La directrice du ranch – ce devait être elle – était assise tout au fond, derrière un imposant bureau. Derrière elle, le soleil entrait à flots, de sorte que, ne l’apercevant qu’à contre-jour et venant de quitter la relative pénombre du couloir, je ne pouvais pas discerner ses traits. Comme le reste de la demeure, tout dans ces lieux respirait une opulence de bon goût. Une opulence faisant probablement partie du patrimoine familial… La pièce sentait le bois et le cuir et était décorée d’antiquités et d’œuvres d’art.

Consciente d’être restée déjà trop longtemps plantée là le dos pratiquement appuyé contre la porte fermée, je me forçai à avancer, malgré ce décor impressionnant et cette femme que j’apercevais à peine, mais qui m’intimidait déjà. Je fis un pas et le plancher de bois brillant craqua, mais je continuai mon chemin vers le bureau, mes yeux s’accoutumant lentement à la lumière. En parvenant enfin devant la directrice, je constatai que ses yeux n’étaient même pas levés vers moi. Absorbée par son écran d’ordinateur, elle se contenta de dire « Asseyez-vous, j’en ai pour une minute », tout en brossant l’air en direction d’un des deux fauteuils qui se trouvaient devant son bureau. Je m’assis, mal à l’aise.

C’était l’un de ces fauteuils trompeurs, qui paraissent durs, mais dans lesquels vous vous enfoncez profondément. Je me retrouvai les genoux plus hauts que les fesses, complètement happée par le cuir moelleux. Ma jupe, déjà pas très longue, remonta d’un cran sur mes cuisses, couvrant à peine mon entrejambe. J’essayai de me trémousser et de tirer maladroitement sur le tissu pour la faire redescendre un peu, n’osant pas, de peur d’attirer trop l’attention sur moi, me relever, et serrant les jambes pour que la directrice n’aperçoive pas le coton blanc.

Absorbée par mes tentatives de retrouver quelque contenance, j’étais sur le point de me redresser pour m’asseoir de manière plus décente lorsque, jetant un coup d’œil à la directrice, je m’aperçus qu’elle me regardait d’un œil qui me parut moqueur. « Alors, vous êtes… attendez… » Elle fit cliquer sa souris à quelques reprises. « … Sandrine. Je me présente : Juliette Deloncours, directrice du ranch. » Elle se leva, contourna son bureau et s’assit sur celui-ci, juste en face de moi.

Jusque-là, j’avais trop été occupée à ne pas faire craquer le plancher, à m’avancer vers elle d’un air digne et à tirer sur ma jupe, pour la regarder vraiment. En levant les yeux vers elle, je constatai que c’était une femme séduisante. Elle avait peut-être dix ou quinze ans de plus que moi – pas encore la quarantaine, donc. Ses cheveux, d’un brun profond, coupés courts, ondulaient en boucles gracieuses autour de son visage bronzé. Elle portait un chemisier de soie noire rentré dans son pantalon de cuir à taille basse, ce qui soulignait la courbe de ses hanches. Ses jambes interminables étaient chaussées de bottes de cow-boy, noires elles aussi.

Elle se pencha vers moi : « Alors, comme ça, vous voulez travailler à la campagne cet été. » C’était une simple constatation, qu’elle énonça en me regardant droit dans les yeux. Elle m’intimidait. J’allais bafouiller une réponse, mais elle enchaîna : « Ainsi, vous en avez marre de la ville. Vous en avez assez de passer votre temps à bambocher d’une terrasse de café à l’autre avec vos copains d’université. Vous voulez respirer le grand air plutôt que de refaire le monde dans l’atmosphère enfumée des pubs. » Encore une fois, j’essayai de trouver une réponse. Elle se trompait. Je n’étais pas de ces filles-là. J’aimais bien faire la fête, mais je prenais mes études très au sérieux. En plus, je n’étais pas une fille de la ville. Je n’avais pas exactement grandi à la campagne, mais dans un petit village où la nature n’était jamais très loin.

Négligemment, elle me lança : « Êtes-vous lesbienne? » Comme j’avais l’air trop sonnée pour répondre, elle ajouta cependant : « Ne vous en faites pas, nous pratiquons ici la discrimination positive! » Elle me regarda droit dans les yeux d’un air inquisiteur : « J’espère, au moins, que vous aimez les chevaux! » Lorsque j’étais enfant, nous allions souvent à la ferme de mes grands-parents où je m’occupais avec plaisir des animaux – poules, cochons, chèvres. J’ai voulu lui dire tout cela, mais j’étais si impressionnée par sa seule présence, que tout ce qui est sorti, enfin, c’est : « Je… je… je n’ai pas peur des animaux. J’ai… J’aime… » Elle se mit à rire. « Allez, détendez-vous, je ne vais pas vous manger! » Elle se pencha vers moi et mit sa main sur mon bras, en me fixant avec encore plus d’intensité. « Dites-moi, pourquoi voulez-vous travailler ici? »

Je n’y avais pas réfléchi! Tout s’était passé si vite, que je n’avais pas eu le temps de m’interroger sur mes motivations profondes. J’avais à peine eu le temps d’imprimer mon dossier de candidature, d’aller me faire faire une nouvelle tête chez le coiffeur, et de sélectionner une tenue appropriée pour l’entrevue – un mauvais choix, manifestement, songeai-je en posant ma main sur mes cuisses, dans un geste vain pour prolonger l’ourlet de ma jupe. La directrice m’observait toujours, attendant une réponse. « Parce que j’ai envie de quelque chose de différent, parvins-je enfin à dire d’une voix à peu près assurée. Et tandis que je venais ici en autocar et que je regardais la campagne défiler, et encore plus à mon arrivée ici sur vos terres magnifiques, je me suis dit que c’était possible, que, oui, je pouvais passer un bel été ici. À travailler pour vous et à rendre service à vos clientes.

– À travailler pour moi et à rendre service à mes clientes… Vous êtes mignonne. Oui, je pense que c’est ainsi que nous pourrions résumer l’emploi qui vous attend… Vous avez l’esprit ouvert, j’espère? »

Elle me considéra d’un air mi-songeur, mi-moqueur. Puis elle se leva. « Bon, je ne vais pas vous torturer plus longtemps pour aujourd’hui. J’ai déjà consulté votre dossier et vous avez de bonnes références. Écoutez, je ne sais pas encore si vous êtes la candidate idéale, mais je manque de personnel et toutes les filles que j’ai vues jusqu’à maintenant ne m’inspiraient pas confiance. Si jamais j’acceptais de vous prendre à l’essai, est-ce que vous seriez disposée à commencer tout de suite? »

Je retins un sursaut. Je ne m’attendais pas à débuter sur-le-champ. Cependant, rien ne me retenait non plus en ville. En fait, tout m’en chassait, y compris le nouveau locataire qui, dans quelques jours, prendrait possession de mon appartement pour les trois prochains mois. De plus, la perspective de passer tout un été en pleine nature, auprès des chevaux, loin des patrons aux mains baladeuses, me souriait tout particulièrement.

« Bien sûr, répondis-je sans réfléchir davantage.

– Alors, retourne voir Marie, ma secrétaire. Elle te fera signer ton contrat et t’aidera à t’installer.

– Mais… je n’ai rien apporté. Je n’ai pas de vêtements de rechange, rien.

– De toute manière, nous fournissons l’uniforme. Et dans la chambre que l’on t’attribuera, tu trouveras tout ce dont tu auras besoin. Il y a tout un groupe de clientes qui arrivent dans deux jours, et j’ai vraiment besoin d’une nouvelle employée. Si tu ne peux pas rester ce soir, crois-tu que tu aurais le temps de retourner en ville et de tout boucler d’ici la fin de la journée de demain?

– Bien sûr, fis-je encore une fois.

– Alors, je te fais la bise de bienvenue. »

M’arrachant à l’emprise du fauteuil, je me redressai avec peine. Elle me saisit par les épaules et, lentement, presque gravement, elle m’embrassa sur les deux joues. Ce n’était pas exactement un baiser intime, mais ce n’était pas non plus une bise machinale. Lorsque ses lèvres effleurèrent mon visage, je sentis un petit frisson me parcourir. Sa bouche, me sembla-t-il, s’attardait plus longtemps que nécessaire sur ma peau. Enfin, elle s’écarta. « Bienvenue chez nous. Demain, lorsque tu reviendras, Marie te montrera tes appartements et je passerai moi-même t’expliquer tes nouvelles fonctions. »

Elle me reconduisit à la porte. Elle était déjà retournée à son ordinateur lorsque je refermai le battant, le plus silencieusement possible. Dans le bureau adjacent, l’employée, dont je savais à présent qu’elle s’appelait Marie, m’accueillit avec son sourire indéchiffrable. « Je savais que tu lui plairais », dit-elle simplement. Elle me tendit un contrat d’embauche et, trop sonnée pour songer à ce que je faisais, j’y apposai ma signature.

Les vingt-quatre heures qui suivirent se passèrent dans la plus grande frénésie. J’avais des articles à entreposer dans le sous-sol d’un ami, des comptes à payer et mes bagages à faire. Je devais aussi téléphoner à mon amie Françoise pour la remercier du tuyau, et ce fut sans doute la tâche la plus longue dont je dus m’acquitter, car elle voulut tout savoir à propos de mon nouvel emploi – des détails dont moi-même j’avais oublié de m’enquérir. Je lui demandai aussi si elle pouvait s’occuper de mes affaires en mon absence. Enfin, je réussis à sauter dans mon autocar de justesse. Juliette Deloncours avait beau m’avoir dit de ne rien apporter, il y avait tout de même des livres et des effets personnels que je voulais prendre avec moi. C’est donc en portant une valise de taille plus que moyenne que je descendis du taxi, le même que la veille.

Je me présentai à la réception et Marie me décocha un sourire que je commençais déjà à connaître. Elle considéra ma valise. « Madame Deloncours t’avait dit de ne rien apporter, me sermonna-t-elle gentiment. Tu commences déjà à désobéir. » Elle se leva et me prit la valise des mains. « Allez, donne-la- moi, je la rangerai bien en sécurité et tu pourras la récupérer à ton départ. La directrice tient à ce que ton séjour au ranch soit une véritable expérience d’immersion, alors elle te fournira tout ce qui est nécessaire à ton confort. Rien de moins, rien de plus. » Je ne songeai pas à m’inquiéter du sort qui serait réservé à mes effets et abandonnai ma valise de bonne grâce. D’un ton enjoué, Marie dit : « Viens, je vais te faire visiter le bâtiment principal et te montrer ta chambre. »

Je la suivis dans le couloir sombre. « À l’étage au-dessus », dit-elle, désignant un petit escalier, moins majestueux que celui menant au palier où nous nous trouvions, « loge le personnel de la maison. En principe, tu n’auras rien à faire par là. » Je lui emboîtai le pas tandis qu’elle descendait au rez-de-chaussée. « Ici », fit-elle en ouvrant une porte qui donnait sur le hall d’entrée, « c’est le grand salon. C’est ici que la directrice donne ses réceptions officielles. Cependant, les fêtes privées se donnent au sous-sol. Tu auras peut-être l’occasion d’y aller, mais je n’ai pas le droit de t’y conduire. » Elle continua d’avancer dans le couloir, et ouvrit une autre porte. « Ici, précisa-t-elle, c’est la salle à manger où nos pensionnaires qui souhaitent prendre leurs repas en compagnie des autres peuvent le faire. Cependant, elles peuvent aussi se faire porter à manger dans leurs quartiers. » Nous continuâmes d’avancer dans la maison. C’est ainsi que j’aperçus la bibliothèque et la salle de réunion, mais aussi quelques autres portes fermées que Marie ne commenta pas. Nous croisâmes aussi une femme qu’elle me présenta simplement comme la gouvernante, précisant qu’elle supervisait la bonne marche à la fois du bâtiment principal et des chalets des pensionnaires. Puis nous parvînmes à une pièce où régnait une odeur de pain frais et où de petites miches achevaient de tiédir sur un comptoir. Deux femmes s’affairaient, l’une devant la cuisinière, l’autre devant une pile de pommes de terre. « Ai-je besoin de te dire que nous nous trouvons dans la cuisine? Ici, selon ton horaire, tu pourras venir te chercher à manger. Juste à côté… » – elle alla ouvrir une porte et j’aperçus une table et des chaises – « … c’est la salle à manger des employées. Comme je te l’ai dit pour nos pensionnaires, tu peux prendre tes repas ici, ou te rapporter à manger dans ta chambre si tu préfères manger seule. » Je hochai la tête.

« Maintenant, je vais te montrer ta chambre », fit-elle enfin. Cependant, plutôt que de se diriger vers l’intérieur de la maison, elle sortit de l’immense demeure et m’entraîna vers les bâtiments. « Afin que les employées ne se compromettent pas avec les clientes plus qu’il n’est nécessaire, Madame a fait construire ces petites cabines. Chaque employée a la sienne. Les clientes, quant à elles, sont logées dans les chalets que tu as sans doute aperçus de l’autre côté du manoir. Tu verras, après un été passé à fréquenter nos pensionnaires, tes quartiers t’apparaîtront comme un havre de paix. » Elle sortit un trousseau de clés et ouvrit la porte de l’une des maisonnettes de pierre. Il y régnait une fraîcheur bénéfique qui tranchait auprès de la chaleur hâtive de cet après-midi de mai. « Ton uniforme est dans le placard. Je te laisse te préparer. La directrice passera dans une heure. Je te conseille d’être impeccable, elle est très pointilleuse. Bonne chance! » Elle me planta là et referma la porte derrière elle.

L’énervement causé par ce déroulement précipité des choses m’avait donné très chaud et la perspective de prendre une bonne douche me souriait tout particulièrement. Je retirai mes chaussures, ma jupe et mon t-shirt, puis ma culotte et mon soutien-gorge, laissant les vêtements chiffonnés à mes pieds, et je me dirigeai vers la salle de bain que j’apercevais au fond de la pièce. L’eau eut sur moi l’effet attendu.

Lorsque je ressortis de la salle de bain, j’étais une autre femme. J’accusai cependant un choc : mes vêtements n’étaient pas là où je les avais laissés. À la place, il y avait un mot : « Je suis passée prendre tes vêtements pour les donner à notre blanchisseuse. Ainsi, ils seront propres lorsque tu seras prête à repartir. De toute manière, tu trouveras tout ce dont tu as besoin dans la chambre. S’il te manque quoi que ce soit, tu n’as qu’à t’adresser à moi. Marie. »

L’attention était touchante. Je souris à l’idée de m’être trouvé un emploi où tout le monde semblait être à mon service.

Lire la suite: Chapitre 2: Un bel objet.

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